Accompagner ses enfants dans l’art « d’apprendre à apprendre »
L’envie de bien apprendre n’est pas innée : elle se construit, mûrit et s’entretient au fil des années scolaires. Derrière chaque réussite scolaire se cache moins un don pour telle ou telle matière qu’une boîte à outils : méthodes, rituels, confiance en soi. Les enfants n’ont pas tous la même façon d’apprendre, mais ils peuvent tous progresser de manière autonome si on les accompagne avec les bonnes techniques. Voici des pistes concrètes, inspirées de neurosciences et de l’observation quotidienne, pour les guider et leur donner goût au savoir, dès aujourd’hui.
Pourquoi apprendre à apprendre est essentiel
On croit souvent qu’il suffit d’écouter en classe, de relire ses leçons et de faire quelques exercices pour « apprendre ». Or, l’essentiel se joue ailleurs : comment l’enfant va-t-il s’approprier l’information ? Va-t-il la retenir, la comprendre, l’utiliser pour résoudre de nouveaux problèmes ? C’est là qu’interviennent les compétences dites « d’auto-apprentissage » :
- Savoir organiser son travail
- Comprendre comment fonctionne sa mémoire
- S’auto-évaluer et corriger ses erreurs
- Gérer ses émotions face à l’effort ou à la difficulté
Acquérir ces techniques facilite la réussite, mais aussi la confiance et l’autonomie bien au-delà de l’école.
Adapter l’environnement pour encourager l’apprentissage
Apprendre efficacement commence par l’aménagement de l’espace et du temps. Avant de parler de méthodes, quelques fondamentaux :
- Un coin calme, bien éclairé, dédié au travail, loin des distractions (télé, jeux vidéo, téléphone).
- Des plages horaires régulières : instaurer un rituel après l’école ou le week-end pour travailler, sans précipitation ni lassitude.
- Tout le matériel à portée de main : stylos, cahiers, dictionnaire ou tablette pour les recherches autorisées, post-it…
- Des pauses courtes et fréquentes : 10 minutes de pause toutes les 30 à 40 minutes, pour « aérer » le cerveau.
Comprendre les différents profils d’apprenants
Les enfants n’assimilent pas tous l’information de la même façon. Certaines méthodes « classiques » ne vont pas à tous. On distingue plusieurs profils (souvent entremêlés) :
- Visuels : ils retiennent mieux en lisant, regardant, dessinant schémas ou cartes mentales.
- Auditifs : ils préfèrent écouter, expliquer à voix haute, ou se faire réciter les leçons.
- Kinésthétiques : ils ont besoin de manipuler, bouger, toucher, faire (soutenir une règle en géométrie, tracer au doigt, écrire pour mémoriser).
Repérer le mode préféré de son enfant lui permet de gagner un temps précieux et de rendre ses révisions beaucoup plus efficaces !
Techniques concrètes pour mémoriser durablement
1. Les cartes mentales (ou mind maps)
La carte mentale est un outil graphique où l’on dessine au centre la notion à étudier, puis on déploie autour les idées ou points-clés sous forme de branches colorées. Avantages : le cerveau visualise les liens, retient mieux, et l’enfant prend plaisir à structurer sa pensée.
2. Reformuler avec ses propres mots
Poser des questions du type : « Explique-moi la leçon comme si j’étais un copain qui n’a rien compris ! » pousse l’enfant à s’approprier l’information et à la mémoriser activement. Ce mécanisme de « l’effet Feynman » est prouvé : enseigner à quelqu’un (même imaginaire) c’est retenir plus solide.
3. La répétition espacée
Revoir plusieurs fois les notions, à intervalles croissants (1 jour, 3 jours, 7 jours, 1 mois), ancre durablement la mémoire. On peut utiliser un agenda, des applications dédiées (comme Anki, Quizlet…) ou simplement refaire les fiches à dates fixes.
4. Les flashcards
Inscrire une question d’un côté, la réponse de l’autre, et se tester régulièrement. C’est simple, ludique, et très efficace pour toutes les matières qui demandent de la restitution (dates, définitions, vocabulaire…).
5. Le dessin et le schéma
En dessinant, l’enfant mobilise plusieurs canaux d’apprentissage. Ils peuvent réaliser une bande dessinée pour résumer une fable, schématiser le cycle de l’eau ou organiser une leçon d’histoire en frise chronologique.
Transformer l’étude en jeu
La motivation progresse lorsqu’on mêle apprentissage et plaisir. Voici quelques astuces :
- Jeux-questionnaires : posez-les en famille, chronométrez, attribuez des points ou des jetons à chaque bonne réponse.
- Bingo de vocabulaire : idéal pour le français ou les langues étrangères.
- Chasse au trésor de définitions : transformer les mots-clés du cours en indices à retrouver dans la maison.
- Table de multiplication en chantant ou en tapant dans les mains.
Favoriser la compréhension avant la mémorisation
Inutile de mémoriser par cœur si l’enfant n’a pas compris. Pour vérifier la compréhension :
- Demandez-lui de trouver un exemple de la notion dans la vie courante.
- Invitez-le à dessiner la situation et à expliquer le « pourquoi » derrière une règle ou un événement.
- Encouragez-le à poser ses propres questions : « Qu’est-ce qui t’a surpris ? » « Qu’est-ce que tu n’aimes pas dans ce cours ? »
En travaillant le sens avant la forme, l’apprentissage devient plus vivant et moins source de stress.
Gérer les efforts et la motivation
1. Fixer des petits objectifs
Mieux vaut séquencer le travail en courtes sessions (15 à 30 minutes), avec une tâche claire « aujourd’hui, je retiens la première strophe », qu’annoncer des révisions non délimitées (« révise tout ton cahier ! »).
2. Valoriser les progrès
Donner du feedback positif sur la démarche (« Tu as essayé une nouvelle méthode », « Tu t’es auto-corrigé »), et pas seulement sur le résultat, encourage l’enfant à persévérer même en cas de difficultés.
3. Accepter les erreurs et l’expérimentation
Chaque erreur est une information. Aider son enfant à relire ses fautes, à les comprendre, puis à les corriger calme la peur de l’échec.
Ce qu’il vaut mieux éviter pour soutenir l’apprentissage
- L’apprentissage intensif sur une seule journée (binge learning), qui surcharge et ne dure pas.
- Le bachotage passif : relire plusieurs fois sans s’interroger, sans reformuler, sans mettre en pratique.
- Les reproches ou comparaisons : « Ton frère y arrive mieux que toi ! » (rien de tel pour démotiver et bloquer l’envie d’essayer).
- Imposer une seule méthode : chaque enfant est différent, mieux vaut explorer plusieurs outils et observer les progrès !
Questions fréquentes sur l’apprentissage efficace
- Mon enfant a du mal à se concentrer, que faire ?
Proposez de courts temps de travail avec pauses actives (se lever, marcher, boire un verre d’eau), limitez les distractions visuelles et sonores, organisez le travail en petites étapes visibles (liste à cocher, post-it à déplacer…). - Puis-je l’aider à faire ses devoirs ?
Guide, mais ne fais pas à sa place. Relis la consigne avec lui, demande-lui de reformuler l’objectif, encourage-le à chercher d’abord tout seul puis propose de l’aider uniquement s’il bloque réellement. - Comment aider un enfant anxieux devant les apprentissages ?
Rassurez sur le fait que l’erreur est normale. Privilégiez l’effort sur le résultat, proposez des méthodes ludiques (jeu, coloriage, exposé oral) et évitez les remarques blessantes. - À partir de quel âge introduire ces techniques ?
Dès le primaire, par petites touches : les flashcards, la reformulation et la carte mentale séduisent dès 6-7 ans, le travail en autonomie progressera au fil des années.
En résumé : accompagner son enfant vers l’autonomie et la réussite
- Testez différentes méthodes : mind-maps, flashcards, jeux, schémas, répétition espacée.
- Encouragez l’enfant à s’auto-évaluer : « Qu’est-ce que je sais déjà ? Qu’est-ce que j’ai compris aujourd’hui ? »
- Installez des routines courtes et régulières, loin des écrans, en ménageant détente et valorisation des progrès.
- Soyez attentif à son profil d’apprenant et ajustez les méthodes selon ses préférences sensorielles.
- Accueillez les erreurs avec bienveillance et transformez-les en occasions d’apprendre autrement.
Aider son enfant à apprendre à apprendre, c’est lui ouvrir un chemin vers l’autonomie, la confiance et la curiosité : un socle pour grandir à l’école et dans la vie. L’enjeu n’est pas de faire parfait, mais d’ajouter chaque jour une petite pierre à l’édifice, en équipe. Bonne route sur ce chemin du savoir !