Éducation

Gérer les conflits entre frères et sœurs autour des devoirs et de l’apprentissage

Par Maxime
5 minutes

Comprendre les tensions autour des devoirs en famille

Dans de nombreuses familles, la période des devoirs rime souvent avec éclats de voix, jalousies, ou chamailleries entre frères et sœurs. Entre celui qui veut montrer qu’il sait tout, celui qui traîne à s’y mettre, celui qui réclame de l’aide ou accuse l’autre de déconcentrer, le tableau peut vite virer à la cacophonie. Mais pourquoi la question des apprentissages génère-t-elle autant de crispations entre enfants d’un même foyer ?

  • Proximité d’âge et rivalités naturelles : Les enfants se comparent et cherchent à se différencier ou à « briller », particulièrement lorsque la scolarité se joue à quelques années d’écart.
  • Attentes parentales perçues : Souvent, les enfants sentent que les parents portent un regard différent sur leurs résultats scolaires, ce qui alimente la compétition.
  • Dynamique familiale : L’espace commun, la gestion du temps, l’aide apportée par les parents (jugée inégale), tout concourt à la tension.
  • Stress lié à la performance : La pression scolaire retombe parfois en famille et chaque devoir devient prétexte à entraîner des conflits latents.

Repérer les situations à risque

Savoir quand les disputes explosent est la première étape pour anticiper et apaiser l’atmosphère. Quelques signaux sont révélateurs :

  • Un enfant refuse d’entamer ses devoirs tant que l’autre n’a pas fini.
  • Des moqueries ou brimades sur le niveau de l’un ou l’autre.
  • Récriminations du type « Tu travailles plus avec lui/elle qu’avec moi »
  • Interruption systématique : “C’est mon tour !”, “Ce n’est pas juste, papa m’aide moins longtemps”
  • Problème de partage de matériel ou de bureau.

Faire le point sur la dynamique familiale

  • Un espace de travail adapté : Chaque enfant peut-il s’isoler ou disposer d’un endroit propice pour ses devoirs ?
  • Règles claires sur le temps et l’ordre de passage : Les temps d’aide sont-ils planifiés ? Y a-t-il une rotation équitable ?
  • Expression des émotions : Les enfants peuvent-ils dire quand ils se sentent lésés sans être moqués ?

Ce qui fonctionne vraiment : conseils concrets pour pacifier les devoirs

Rendre chacun acteur de ses apprentissages

  • Responsabiliser l’enfant sur son propre travail : Encouragez à préparer seul ses affaires, choisir le moment où il se sent le plus efficace (dans une certaine souplesse).
  • Mettre en place des « rituels » d’autonomie : Tableau de suivi, timer, planning visuel peuvent aider à cadrer sans surveiller chacun comme un « garde-chiourme ».

Organiser la cohabitation : espace, temps et bruit

  • Fractionner les espaces : Si possible, prévoyez des coins pour chacun (chambre, bureau, coin salon selon les possibilités) ou introduisez des casques, paravents ou « paniers à devoirs » individuels.
  • Programmer les temps d’aide : Un emploi du temps visuel sur le frigo avec tours de 15-20 minutes par enfant pour monopoliser « le parent ».
  • Éviter l’effet “public” : Pas de commentaires entre frères et sœurs pendant que l’un est aidé (on peut dessiner, lire en silence, ou même prendre l’air dehors).

Favoriser l’entraide sans survaloriser la compétition

  • Proposer l’aide entre frères et sœurs… sans obligation : Un grand peut expliquer une leçon, mais ne doit pas devenir le “prof attitré” ni être comparé à l’adulte.
  • Mettre en avant les progrès individuels : Félicitez sur l’effort, non le « classement » familial (“Tu as persévéré, c’est super !”, et non “Bravo, tu as fait mieux que ta sœur !”).
  • Valoriser la coopération : Pourquoi ne pas introduire “le défi collectif” ponctuel, où les enfants gagnent tous ensemble un extra (jeu, histoire) si tout le monde termine ses devoirs sans dispute ?

Pièges à éviter absolument

  • Comparer systématiquement les enfants entre eux : Même en pensant motiver, cela renforce le sentiment d’injustice ou d’humiliation.
  • Attribuer une “étiquette” : « Le bon élève », « la tête en l’air », « celui/celle qui ne veut jamais travailler » : ces rôles figent les positions et alimentent la rivalité.
  • Laisser les conflits s’envenimer pendant le travail : Prendre cinq minutes de pause plutôt que d’essayer de régler les devoirs dans la tension.
  • Faire des devoirs un enjeu de pouvoir parental : Attention à ne pas projeter vos propres attentes ou peurs scolaires, gardez une distance bienveillante et encourageante.

En cas de conflits récurrents : stratégies spécifiques selon les profils

Pour les familles avec enfants d’âges proches

  • Alterner les priorités : Changez l’ordre de passage d’un jour à l’autre pour casser la routine et les jalousies.
  • Encourager la tolérance à l’erreur : Faites remarquer que chaque niveau présente des difficultés propres. L’aîné ne doit pas tout savoir, le plus jeune a le droit d’être fier de ses petites victoires.

Familles avec des jumeaux ou triplés

  • Individualiser l’accompagnement : Même dans une fratrie du même âge, noter et reconnaître les points forts distincts.
  • Dédicacer un “espace-temps” exclusif : Offrir 10-15 minutes où chacun s’exprime sans être comparé à ses jumeaux.

Quand la différence de niveau est importante (collège/primaire)

  • Éviter que le plus grand se sente « obligé » de jouer le professeur : Préserver des moments séparés pour que chacun puisse avancer à son rythme et se sentir valorisé dans son parcours.
  • Encourager l’effet d’entraînement : Le plus petit aime parfois imiter/s’inspirer. Aménagez des temps communs mais des exercices adaptés.

Questions fréquentes et réponses de parents

  • Faut-il séparer complètement les enfants pendant les devoirs ?
    Pas forcément, mais il est utile d’aménager un temps individuel si la tension monte. Parfois, les enfants réussissent à travailler ensemble (en musique douce, chacun sur son activité), l’essentiel est de s’ajuster au cas par cas.
  • Peut-on récompenser l’entraide ou la coopération ?
    Oui, mais restez sur des encouragements brefs (une histoire bonus, un jeu partagé) pour ne pas engendrer un nouveau terrain de rivalité sur les « récompenses ».
  • Et si l’un monopolise l’attention ou cherche à perturber l’autre ?
    Proposez toujours un casque ou une activité calme à côté, avec un rappel des règles (la concentration de chacun est importante pour tout le monde).
  • Les disputes sont-elles inévitables ?
    Elles sont normales, mais peuvent diminuer si l’on valorise l’expression émotionnelle (“Tu es énervé, tu as le droit, on fait une pause”). L’objectif n’est pas d’éradiquer tout conflit mais d’en faire un moment d’apprentissage de la gestion des émotions et du vivre ensemble.
  • Doit-on intervenir ou laisser les enfants gérer seuls les désaccords ?
    Un juste dosage s’impose : intervenir si le conflit déborde ou devient injuste, mais aussi laisser l’espace à la négociation, surtout chez les plus grands.

Checklist express pour pacifier les devoirs à la maison

  • Aménager un espace personnalisé pour chacun (même minimal)
  • Clarifier les moments d’aide ou d’attente (planning visuel, timer, sablier)
  • Valoriser les efforts individuels, pas la compétition
  • Ritualiser des pauses pour relâcher la pression après un moment tendu
  • Faire le point régulièrement sur le ressenti de chaque enfant 
  • Favoriser la coopération, ponctuellement, via des défis familiaux
  • Désamorcer par l’humour ou la créativité : ateliers, énigmes, révision-jeu…
  • Prendre du recul : les devoirs ne sont qu'une partie de la relation fraternelle.

Ce qu’il faut retenir

Transformer les devoirs en un terrain d’apaisement plutôt qu’en champ de bataille familial est un défi, mais aussi une occasion précieuse d’apprendre le respect mutuel et l’autonomie. Il n’existe pas de recette miraculeuse, mais il est possible d’équilibrer aide, juste distance, règles et écoute de chacun. Avec bienveillance et un peu de créativité, le temps des devoirs peut devenir moins source de conflit, et plus un temps où toute la famille grandit… ensemble !

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