Santé des enfants

Comment détecter les signes de troubles auditifs chez les enfants

Par Maxime
6 minutes

Pourquoi la santé auditive est cruciale dès l’enfance ?

Chaque parent souhaite offrir à son enfant les meilleures chances de s’épanouir, d’apprendre et de communiquer. L’audition est un pilier fondamental du développement de l’enfant : elle conditionne l’acquisition du langage, la socialisation et la réussite à l’école. Pourtant, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, près de 34 millions d’enfants dans le monde présentent une perte d’audition invalidante. En France, on estime qu’environ 1 à 2 enfants sur 1000 naissent avec une déficience auditive profonde, et bien d’autres développent des troubles auditifs plus légers au cours de l’enfance.

Le défi principal réside dans l’identification précoce : plus un trouble auditif est détecté tôt, plus les solutions de rééducation, prothèses ou accompagnements seront efficaces. Encore faut-il apprendre à repérer les signaux d’alerte, parfois discrets, surtout chez les plus jeunes qui ne savent pas nommer leur difficulté.


Les différentes formes de troubles auditifs chez l’enfant

Un trouble auditif ne se limite pas à la surdité profonde de naissance. Il existe une palette de situations, qui se distinguent par leur gravité, leur nature et leur origine :

  • Surdité congénitale : Présente dès la naissance, elle peut être profonde, moyenne ou légère.
  • Baisse auditive (hypoacousie) acquise : Survient plus tard à cause d’otites répétées, de traumatismes, ou d’infections.
  • Trouble auditif temporaire : Lié à des bouchons de cérumen, une otite séreuse, ou une affection ORL passagère.
  • Troubles de la perception des sons : Difficile à repérer, pouvant toucher la compréhension dans le bruit, la discrimination des mots, etc.

Quels signes doivent alerter dès la petite enfance

Avant 1 an : les étapes clés du développement auditif

  • Absence de réaction au bruit soudain : Un bébé ne sursaute pas face à un objet qui tombe ou à un claquement de porte.
  • Peu de babillage : Alors qu’un nourrisson commence à gazouiller dès 6-8 mois, un manque de vocalises peut révéler un souci auditif.
  • Ne tourne pas la tête vers la voix : À partir de 6 mois, un bébé reconnaît et cherche la provenance de la voix de ses parents.
  • Sommeil peu perturbé par les bruits : Un bébé qui dort « trop bien » peut en réalité ne pas entendre les stimulations sonores de son environnement.

Entre 1 et 3 ans : vigilance renforcée

  • Retard dans l’apparition du langage : Peu ou pas de premiers mots à 18 mois, difficultés à associer des sons aux objets.
  • Ne répond pas à son prénom : Un enfant qui n’obéit pas n’est pas nécessairement « dans la lune »… Il peut ne pas entendre l’appel.
  • Utilisation excessive du geste pour communiquer : Pointage, mimiques, colères liées à la frustration de ne pas se faire comprendre.
  • Difficulté à reconnaître les sons du quotidien : Indifférence aux bruits familiers (cloche, sonnette, animaux…)

Après 3 ans : les signes à surveiller à l’entrée à l’école

  • Difficultés d'articulation : Un trouble auditif peut empêcher d’entendre et de reproduire correctement certains sons.
  • Demande fréquente de répétition : L’enfant fait souvent répéter, semble ignorer certaines consignes ou répond à côté.
  • Évite les situations bruyantes : Il se plaint du bruit, fuit les espaces collectifs, reste en retrait lors des activités.
  • Manque d’attention ou troubles du comportement : Agitation, isolement, baisse de motivation en classe peuvent parfois masquer un trouble auditif sous-jacent.
  • Apparition de difficultés scolaires : Problèmes de compréhension orale, erreurs de dictée, lecture hésitante…

Fausse surdité ou vrai trouble ? Différencier l’essentiel

Attention, certains comportements typiques de l’enfance (distraction, fatigue, absence passagère) peuvent ressembler à un défaut d’écoute. La différence majeure : la fréquence et la régularité des signes.

  • Un enfant fatigué ou absorbé peut ignorer un appel ponctuellement, mais un enfant présentant un trouble auditif manifestera ces signes régulièrement et dans différents contextes.
  • Après une otite, il est normal d’observer une baisse temporaire de l’audition. Cette difficulté ne doit pas s’installer au-delà de quelques jours après la guérison.
  • La suspicion doit naître lorsqu’un ensemble de signaux s’accumulent pendant plusieurs semaines, malgré des rappels, un environnement calme, une bonne vision et une motivation réelle.

Rôle des parents, de la famille et des proches

Les premiers témoins de ces signaux sont bien sûr les parents, mais aussi les grands-parents, crèches, nounous, enseignants… Il est essentiel d’écouter ses propres impressions et de se faire confiance. Personne ne connaît mieux l’attitude habituelle de son enfant !

  • Oser comparer : Si, pour chaque âge, votre enfant semble très en retrait par rapport aux autres, un avis professionnel s’impose.
  • Recueillir l’avis de l’entourage : Les enseignants ou éducateurs identifient souvent les soucis en petit ou grand groupe. N’hésitez pas à échanger.
  • Ne pas se culpabiliser : De nombreux troubles auditifs passent inaperçus sans la vigilance familiale et les bilans systématiques (voir le carnet de santé).

Quand consulter ? Les étapes vers le diagnostic

  • Bilan chez le pédiatre ou le médecin traitant : Un examen clinique, interrogatoire sur l’environnement familial, antécédents d’otites…
  • Test d’audition (audiogramme) chez l’ORL : Adapté à l’âge de l’enfant, il permet d’évaluer le seuil d’audition et la nature de la gêne.
  • Acouphénométrie ou tests complémentaires : Pour affiner le diagnostic, notamment en cas de doute ou de trouble mixte.

Certains symptômes nécessitent une consultation en urgence : fièvre associée à une perte d’audition, douleurs violentes, écoulement de l’oreille, perte subite de l’audition.


Les principales causes des troubles auditifs chez les enfants

  • Otites aiguës ou séreuses à répétition : Très fréquentes avant 6 ans, elles peuvent laisser une baisse d’audition de plusieurs semaines à plusieurs mois.
  • Bouchons de cérumen : Souvent bénins, mais parfois responsables de pertes auditives réversibles une fois enlevés.
  • Malformations congénitales ou génétiques : Certaines surdités sont héréditaires et doivent être explorées précocement.
  • Infections virales pendant la grossesse : Rubéole, cytomégalovirus, toxoplasmose.
  • Exposition au bruit : Les traumatismes sonores, même ponctuels (concerts, jouets trop bruyants près de l’oreille).
  • Effets secondaires de médicaments : Certains antibiotiques, diurétiques mal employés peuvent être ototoxiques.

Quels sont les risques d’un diagnostic tardif ?

  • Retard de langage : Plus le trouble auditif est pris en charge tôt, plus le cerveau apprend à « entendre » et à reproduire les sons correctement.
  • Isolement social : Un enfant qui ne comprend pas bien a tendance à éviter les interactions, avec un risque d’exclusion ou de moqueries.
  • Difficultés scolaires : Désintérêt, erreurs d’attention, mauvaise orthographe, incompréhension des consignes.
  • Manque d’estime de soi : S’il est régulièrement grondé ou jugé inattentif, l’enfant peut se replier sur lui-même.

Les bons réflexes à adopter dès maintenant

  • Ancrer des routines d’observation : Notez les progrès de votre enfant en langage, l’évolution de son comportement, la fréquence des infections ORL.
  • Limiter les expositions sonores intenses : Privilégiez les jouets non bruyants, surveillez le volume des casques audio et écouteurs.
  • Informer les enseignants : En cas de doute, signalez-le à l’école pour adapter la place de l’enfant dans la classe.
  • Bénéficier du dépistage systématique : Certains examens sont proposés lors des rendez-vous du carnet de santé (M4, M9, M24, etc.).
  • Favoriser une ambiance calme et rassurante : Les enfants communiquent mieux dans un cadre sécurisant où ils sentent que leurs difficultés sont prises en compte.

Questions courantes sur les troubles auditifs chez l’enfant

  • Peut-on corriger tous les troubles auditifs ?
    La plupart des troubles liés à des otites ou des bouchons de cérumen sont réversibles. Les surdités profondes bénéficient désormais de solutions (appareillage, implants cochléaires) adaptées à chaque cas.
  • À partir de quel âge peut-on réaliser un test d’audition ?
    Il existe des tests « objectifs » (enregistrement des réponses du cerveau aux sons) dès la naissance, réalisés en maternité ou par un spécialiste ORL.
  • Comment aider un enfant malentendant à l’école ?
    Signalez-le à l’équipe pédagogique. Un accompagnement personnalisé, des adaptations (place au premier rang, support écrit des consignes) ou une aide humaine peuvent être mis en place.
  • Trouble auditif rime-t-il avec handicap permanent ?
    Non, une prise en charge adaptée permet le plus souvent d’atteindre un développement langagier et social harmonieux.

Check-list concrète pour repérer un trouble auditif chez son enfant

  • Mon enfant répond-il à son nom, même quand il ne me voit pas ?
  • Est-il souvent victime d’otites ?
  • A-t-il du retard à parler ou des difficultés à prononcer certains sons ?
  • Fait-il souvent répéter, ou semble-t-il « débranché » dans un environnement bruyant ?
  • Son enseignant s’interroge-t-il sur son attention ou son comportement en classe ?
  • Chez le bébé, étonnante « indifférence » aux bruits du quotidien ou absence de babillage ?

En résumé : agir vite, c’est ouvrir la porte à l’épanouissement

La santé auditive de l’enfant n’est jamais à prendre à la légère. Une simple suspicion de trouble doit donner lieu à une évaluation, sans attendre. Ce réflexe permet d’assurer à chaque enfant toutes les chances de grandir, apprendre, rire et rêver… à pleines oreilles. Parents, adoptez l’œil (et l’oreille) bienveillant, parlez-en à votre entourage et n’hésitez pas à consulter chaque fois qu’un doute s’installe : mieux vaut une vérification rassurante qu’un retard aux conséquences durables.

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