Santé des enfants

Dépister les troubles de la vue chez l’enfant : signes d’alerte et solutions

Par Maxime
5 minutes

Pourquoi il est essentiel de surveiller la vue des enfants

La santé visuelle constitue un pilier central dans le développement global des enfants, tant sur le plan scolaire que dans leur vie de tous les jours. Pourtant, les troubles de la vue restent souvent sous-diagnostiqués, car l’enfant ne s’en plaint pas toujours de manière claire ou n’a pas conscience que sa vision est altérée. Or, repérer rapidement un problème visuel permet d’éviter des difficultés d’apprentissage, un manque de confiance, ou des désagréments dans les activités quotidiennes – sport, dessin, lecture…


Comprendre les troubles visuels fréquents chez l’enfant

Plusieurs types de troubles peuvent apparaître dès la petite enfance ou au fil des années :

  • La myopie : difficulté à voir de loin. L’enfant peut plisser les yeux pour mieux voir le tableau ou la télévision.
  • L’hypermétropie : gêne pour voir de près (lecture, dessins…), mais parfois compensée par l’accommodation de l’œil.
  • L’astigmatisme : vision déformée ou floue, de près comme de loin.
  • Le strabisme : défaut d’alignement des yeux, souvent repérable par le « loucher », mais parfois discret.
  • L’amblyopie  (« œil paresseux »): baisse de la vision d’un œil qui, s'il n’est pas corrigé à temps, peut devenir irréversible après 7 ou 8 ans.

Ces troubles ne sont pas rares. On estime que 1 enfant sur 5 présente un trouble visuel nécessitant correction avant 6 ans.


Quels sont les signes qui doivent alerter les parents ?

L’enfant ne sait pas toujours expliquer ce qu’il ressent. C’est pourquoi il est crucial d’observer son comportement et d’être attentif à certains signaux, notamment lors des activités scolaires ou ludiques.

  • Il plisse fréquemment les yeux : que ce soit pour regarder un écran, le tableau de la classe ou un livre.
  • Il se rapproche anormalement pour voir : écrans, cahiers, livres, dessins animés…
  • Il a tendance à se frotter souvent les yeux ou à cligner rapidement, surtout après une activité de près.
  • Il se plaint de maux de tête, surtout en fin de journée ou après des activités qui sollicitent beaucoup la vue.
  • Il manifeste une gêne à la lumière (photophobie) ou inversement, semble chercher la lumière.
  • Il louche, même épisodiquement, ou un œil semble « partir » quand il est fatigué ou rêveur.
  • Des difficultés scolaires inhabituelles apparaissent : lecture laborieuse, confusions de lettres ou de mots, lenteur, distraction facile.
  • Une maladresse excessive dans les jeux ou le sport : bouscule les objets, se cogne souvent, rate la cible ou les balles.
  • Il évite spontanément les activités nécessitant de la précision : puzzles, coloriage, construction, livres d’images.

Face à un ou plusieurs de ces signes, un simple contrôle visuel chez un spécialiste (ophtalmologue ou orthoptiste) s’impose rapidement.


Quand et comment faire contrôler la vue de son enfant ?

Les examens visuels du jeune enfant suivent un calendrier recommandé par les professionnels de santé :

  1. Dès la maternité : un premier dépistage rapide par le pédiatre ou le médecin.
  2. Vers 9 mois et 24 mois : lors des bilans obligatoires, l’examen systématique de la vision et des réflexes visuels.
  3. À 3-4 ans : consultation clé avant l’entrée à l’école maternelle, permettant notamment de dépister le strabisme ou l’amblyopie.
  4. Avant le CP : bilan recommandé, en particulier en cas d’antécédents familiaux ou de signes particuliers.
  5. Pendant toute la scolarité : un contrôle tous les 2-3 ans ou dès qu’un doute surgit.

Dans la pratique, si l’enfant présente des antécédents familiaux de myopie, de strabisme ou de grosse correction visuelle, le suivi doit être plus rapproché.


Que faire en cas de troubles visuels confirmés ?

L’ophtalmologue ou parfois l’orthoptiste pose le diagnostic et prescrit les solutions adaptées, qui dépendent du trouble détecté :

  • Les lunettes correctrices : aujourd’hui légères, robustes, et avec des verres adaptés à la morphologie de l’enfant. Il existe des montures souples ou hypoallergéniques, et des verres incassables, idéaux pour la vie dynamique des petits.
  • La rééducation orthoptique : en cas de strabisme ou parfois d’amblyopie, des séances régulières permettent de solliciter les yeux différemment. Une « occlusion » (cache sur un œil) peut aussi être prescrite pour stimuler un œil paresseux.
  • Des adaptations scolaires : place de l’enfant près du tableau, photocopies agrandies, repos visuel régulier… Ces mesures simples favorisent les apprentissages et le confort.
  • Le suivi régulier : la vue de l’enfant évolue, il faut donc renouveler le bilan (et l’ordonnance de lunettes si besoin) une à deux fois par an selon l’âge.

5 conseils concrets pour aider son enfant à bien vivre avec ses lunettes

  • Impliquer l’enfant dans le choix des lunettes : il sera fier de participer et plus enclin à les porter.
  • Valoriser l’utilité du port de lunettes : expliquez que beaucoup d’enfants (et adultes connus) en portent, que cela n’a rien d’exceptionnel.
  • Dédramatiser l’installation : commencez à porter les lunettes à la maison, quelques minutes, en prévoyant des jeux ou des histoires. Augmentez progressivement le temps de port.
  • Responsabiliser sans pression : confiez-lui le nettoyage, montrez comment ranger les lunettes dans l’étui, mais gardez le sourire si elles sont oubliées ou salies.
  • Informer le personnel scolaire et les proches pour obtenir un soutien cohérent à la maison, à l’école, chez les amis.

Ce qu’il vaut mieux éviter

  • Reporter le bilan « en attendant que ça passe » : certains troubles ne disparaissent pas, et plus le diagnostic est fait tôt, plus le traitement est efficace.
  • Forcer l’enfant à porter ses lunettes toute la journée d’emblée : laissez une période d’adaptation, le temps que le confort s’installe.
  • Banalisier les plaintes liées à la vue (fatigue, douleurs, difficulté à suivre la classe) : elles sont souvent de véritables signaux d’alerte.
  • Critiquer la maladresse « volontaire » ou le manque de concentration : ce sont parfois les signes masqués d’un trouble visuel.
  • Confondre un enfant distrait ou « rêveur » avec un enfant malvoyant : l’enfant peut décrocher ou s’ennuyer à cause d’une sous-stimulation visuelle.

Questions fréquentes sur la vue chez l’enfant

  • Mon enfant ne se plaint jamais, dois-je quand même le faire examiner ? Oui : la plupart des enfants s’accommodent de leur vision, mais un trouble passé inaperçu entrave leurs apprentissages. Le dépistage systématique est essentiel, même sans plainte.
  • À partir de quel âge un enfant peut-il porter des lunettes ? Il n’y a pas d’âge minimum : dès la première année si nécessaire, les opticiens proposent des montures adaptées aux tout-petits.
  • Qui consulter en premier ? Le médecin généraliste, le pédiatre ou l’ophtalmologue. L’orthoptiste intervient souvent en seconde intention, sur prescription médicale.
  • Le port de lunettes « affaiblit-il » la vue ? Non. C’est un mythe : bien au contraire, les lunettes stimulent la vision correcte et évitent une aggravation du trouble.
  • Un enfant peut-il passer aux lentilles ? En général, les lentilles sont proposées à partir du collège et sous conditions d’hygiène strictes. Pour les plus jeunes, les lunettes restent la norme.

Le rôle incontournable des parents à chaque étape

Les parents sont en première ligne pour repérer les indices qui doivent alerter, instaurer des routines de contrôle, dialoguer avec les professeurs, et rassurer l’enfant sur la normalité (et même l’intérêt !) des soins optiques.

  • Surveillez les situations de fatigue, de changements d’humeur ou de performances scolaires.
  • Gardez un œil sur la posture devant les écrans et les supports de lecture.
  • Encouragez les activités motrices et artistiques, qui sont aussi des révélateurs de troubles visuels.
  • En cas de doute, n’attendez pas, et dialoguez avec votre professionnel de santé.

Ce qu’il faut retenir pour agir efficacement

  • Dépister tôt permet de traiter efficacement et limite le retentissement sur les apprentissages et la qualité de vie.
  • L’observation au quotidien reste la meilleure arme : repérer les petits signes annonce parfois de grands progrès après une prise en charge adaptée.
  • La correction visuelle chez l’enfant est un enjeu de santé globale : mieux voir, c’est mieux comprendre, oser et réussir au quotidien.

Prendre soin des yeux des enfants, c’est leur donner toutes les chances de s’épanouir et de bâtir leurs apprentissages en toute confiance. Un simple contrôle régulier et quelques gestes adaptés peuvent transformer leur quotidien durablement.

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